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25/02/2017

Texte de la prédication du 25 décembre 2016

Prédicateur : Christiane Nani

 

Aujourd’hui c’est Noël, ça tout le monde le sait : chrétien, musulman, athée, agnostique au moins dans une grande partie du monde. Et nous, nous sommes ici, à Montélimar, rassemblés ce matin pour célébrer cette fête. Beaucoup de personnes qui ne sont pas réunies dans un lieu de culte chrétien fêtent aussi Noël. Ils le fêtent à leur façon, quelquefois ils ne savent absolument pas l’origine de cette fête mais c’est pour eux une façon d’être ensemble, un moment de convivialité et de paix (rappelons simplement la « trêve des confiseurs »)

Mais d’ailleurs, nous, savons-nous  vraiment quelle est l’origine de Noël ? D’accord, dans un temple vous allez tous répondre « la naissance de Jésus » ; et bien d’accord !…Mais…

Pourquoi fêter cette naissance le 25 décembre ? En effet aucun texte du Nouveau Testament ne fait mention d’une date, ni, d’ailleurs d’une saison (un enfant de l’Ecole biblique m’a dit un jour,, que cela aurait été plus « cool » si Jésus était né en été, il aurait eu moins froid ! Pourquoi pas ?) C’est  logique ! en outre, dans le récit de Matthieu, les troupeaux sont dehors avec les bergers, sinon, comment ces derniers auraient-ils vu l’étoile ? on peut, donc, aussi en déduire que la scène ne se situe pas en hiver.

La fête  du 25 décembre est d’abord une fête d’origine romaine (au moins dans notre Europe). Elle était appelée fête du Sol Invictus (Soleil Invaincu) car c’était, disait-on le jour de la naissance de ce dieu. La première mention de la célébration chrétienne à la date du 25 décembre a lieu à Rome en 336.

En outre, certains symboles associés à Noël sont attestés dans d’autres cultes, avant le christianisme. Mais ce qui me semble bien plus important, c’est que le 25 décembre, c’est tout proche du solstice d’hiver, c'est-à-dire de la nuit la plus longue de l’année. Or Jésus venu au milieu de la nuit, ça c’est un symbole fort. Jésus, lumière pour le monde. Et que ce soit la réalité ou non, cela a bien peu d’importance, nous célébrons la lumière qui nous accompagne chaque jour de notre vie : Jésus, le Christ… et, sans aller jusqu’aux origines de cette fête (souvenez-vous « le soleil invaincu » : n’est-ce pas une belle image pour le Christ ?), nous pouvons noter que les Juifs ont fixé la fête d’Hanoukka(qu’on a l’habitude d’appeler fête de la lumière et qui commémore la ré-inauguration du 2° temple de Jérusalem après que les Grecs ont profané le premier et interdit le culte juif) le 25 du 9° mois lunaire (novembre ou décembre selon les années) et cette année, par exemple, cette fête a débuté hier et se terminera le 1° janvier)

Une anecdote qui va plaire aux enfants : j’ai été, dans un premier temps, assez déçue de voir devant le théâtre un très beau, d’ailleurs, traîneau de la Reine des Neiges, puis, en préparant cette prédication, je me suis remémoré machinalement le refrain de la chanson d’Elsa : « délivrée, libérée » … sans le faire exprès elle résume parfaitement le message de Noël ! L’équipe de Walt Disney le savait-elle ?

 

Donc, nous fêtons la naissance de Jésus le 25 décembre, par tradition, tradition qui s’est formée et a évoluée au cours du temps. Et dans nos rites de Noël, beaucoup, sinon tout, est tradition. Nous n’allons pas tout reprendre…. Les enfants auraient le temps de  s’endormir… les adultes aussi ! mais considérons la naissance, elle-même. Elle n’intéresse absolument pas Paul qui n’en parle jamais et qui est pourtant le rédacteur le plus proche chronologiquement des événements (dans les années 50) puis nous avons Marc qui, lui non plus, ne la mentionne nulle part, enfin Matthieu et Luc qui la mentionnent plus ou moins longuement mais, ce qui est sûr, très différemment (en 80 environ) et quand nous arrivons à Jean, la naissance a de nouveau disparu (vers l’an 100)

Je ne vais pas vous faire ici, l’étude synoptique de Mt. et Lc mais je vous invite à relire ces deux récits sans l’à priori  d’années et d’années pendant lesquelles vous avez entendu à chaque Noël, un méli-mélo de ces deux récits. Et si après je vous demandais si Jésus est né à Bethléem ou à Nazareth, si l’annonce de la naissance est faite à Marie ou à Joseph, si le recensement a bien eu lieu ou non ? …. Vous auriez beaucoup de mal à me répondre.
Et en sortant des textes de Mt. et Lc ; , jetons un œil sur la tradition qui s’y est ajoutée petit à petit, alors, là…… : les bergers, les rois-mages, l’étoile qui se déplace, l’âne et le bœuf. Mais si je précise tous ces « ajouts », ce n’est pas pour condamner la tradition, elle a toute sa valeur. La première de ces valeurs est de nous rendre palpable le mystère/ miracle de la naissance de Jésus.

Historique- symbolique, peu importe, ce qui importe, ici aussi, c’est que cette tradition nous permet de réaliser la beauté du don, du don de Jésus au monde, de l’incarnation de Dieu, non « en sacrifice » comme on a l’habitude de l’entendre.

En effet, le « sacrifice »,étymologiquement, est fait pour « rendre sacré », Jésus n’en a pas besoin, et ensuite le terme est employé pour une action humaine qui permet de calmer la colère des divinités. Et  dans cette seconde acception non plus le terme n’est pas justifié dans ce don. Dieu est une puissance de vie et non un Père Fouettard (autre tradition du nord-est de la France et des pays plus au Nord, avec Saint-Nicolas, et d’autres traditions autour de Noël qui inculquent aux enfants dès leur plus jeune âge une morale de rétribution) Dieu ne veut pas que nous le célébrions pour…. Mais il nous donne gratuitement sa paix, sa grâce et son amour et le don nous avons à l’accueillir avec joie sans essayer de trouver le pourquoi de ce don : il n’y a pas de pourquoi rétributif, il y a un pourquoi d’amour et dans ce sens, bien sûr qu’à la réception de tous ces dons du Seigneur, nous devrions avoir envie de donner à notre tour notre patience, notre gentillesse, notre fidélité, notre amour, etc….

Jusqu’ici, je ne vous ai pas parlé de la mère de ce Jésus dont on célèbre la naissance il y a plus de deux mille ans. Ce sujet est souvent une cause de crispation chez les chrétiens : Marie. Je pense sincèrement que chacun a le droit de se la représenter comme il pense que ce soit juste, je voudrais seulement souligner deux choses. La première est que le terme grec employé par les deux évangélistes signifie « jeune fille » et rien d’autre.

La deuxième est plus complexe :

Dans la généalogie qui, chez Mt, .Précède la naissance nous trouvons une histoire humaine et le Christ est issu de cette histoire qui est première (avant la naissance)et la réalité nouvelle du Christ n’apparaît pas à partir de rien mais est le fait de l’intervention de Dieu dans une histoire humaine préexistante. Et si nous regardons de près cette généalogie (qu’on a l’habitude de ne pas lire quand on lit cet évangile, et on a tord) : on note que dans les individus qui constituent cette généalogie, il y a toutes sortes d’humains : ceux connus pour leur foi (fidélité/confiance, comme vous préférez car c’est le même mot) comme Abraham, ceux qui renient la religion de leurs ancêtres ou vivent, dirons-nous, n’importe comment (les Rois par exemple), 3 femmes (chose inhabituelle à l’époque) et ce ne sont pas toujours des modèles moraux (Tamar, Ruth Bethsabée) mais leur rôle est essentiel pour que la lignée de David se poursuive.
Mais surtout, cette généalogie est faite de tout ce qui constitue une histoire humaine avec ses réussites, ses espérances, ses échecs, ses erreurs et ses fautes, ses conversions et ses éloignements de Dieu et le Christ naît de l’intervention du Saint-Esprit (finalement, peu m’importe comment : le texte dit qu’il « recouvrit » Marie) dans cette pâte humaine.
Cette généalogie devrait nous donner confiance : notre propre histoire est aussi un mélange du meilleur et du pire et cela, cette « imperfection » n’est pas un obstacle à l’amour de Dieu et à sa venue dans nos existences pour nous donner la vie, le bonheur (pas toujours la joie) et le salut. Et il est illusoire de croire que ce serait par notre propre perfection que nous pourrions posséder le Christ, être sauvé ou avoir la foi, l’histoire humaine ne suffit pas à donner le salut.
Et cela me semble le sens le plus important de cette conception virginale : il faut que Dieu vienne féconder l’histoire humaine ou notre dimension humaine pour qu’elle donne naissance à quelque chose qui en vaille la peine. Ce dogme (quand s’en est un)veut, peut-être, seulement, nous faire  comprendre que l’accomplissement de notre existence ne peut se faire que comme l’union d‘une dimension humaine et d’une dimension divine à l’exemple de la naissance du Christ ; il faut que Dieu vienne féconder une dimension humaine imparfaite pour qu’il en naisse quelque chose d’éternel.

Et, à ce stade de ma réflexion, je dois dire que la piété catholique a raison en faisant de Marie l’image même du croyant qui adhère au plan de Dieu et dont l’existence n’est pas stérile mais féconde en donnant naissance à une dimension nouvelle, divine et éternelle.

En conclusion, je reviens sur cet enfant car c’est bien de sa naissance qu’il s’agit aujourd’hui ; .. naissance dans une crèche, dit-on. Cette crèche tant défendue et tant critiquée aujourd ‘hui et je dois dire que des deux côtés, je ne me retrouve pas car il est certain que c’est une tradition régionale et dans chaque région les personnages sont différents : vous ne trouverez pas un ravi dans une crèche napolitaine et vous ne trouverez pas Cicci Bacco, le vigneron dans une crèche provençale. En outre, c’est une tradition qui a été étendue par la Contre-Réforme catholique qui a ses débuts au XVIII° siècle et elle a été développée  essentiellement par François d’Assise

Bon, après cette aparté qui voulait mettre en évidence le côté culturel et non cultuel de la crèche en cette période où beaucoup la revendiquent comme l’identité chrétienne de notre Europe, alors qu’elle n’en est qu’une tradition culturelle, j’en reviens à ce bébé dans sa mangeoire.

Il y a de quoi être surpris et les Juifs le sont tellement qu’ils n’adhèrent pas au fait que Jésus soit le Messie. Et pourtant ça me semble une leçon de théologie fondamentale à laquelle les bergers adhèrent tout de suite. Le messager de Dieu (l’ange, en grec) leur donne un signe plus ou moins curieux : un bébé dans une mangeoire ; La théophanie (révélation de Dieu), en général, n’est pas de cet ordre mais sans doute nous faut-il oublier cette théologie de puissance, d’un Dieu fort, pour accueillir un Dieu qui vient en douceur, en tendresse un Dieu dont l’arme principale est l’amour, le don, la promesse de l’avent.

Mais ce bébé il est appelé à grandir. Or quand nous pensons « enfant » dans l’évangile de Mt. , nous vient en tête immédiatement « Si vous ne devenez pas comme cet enfant…. » (Mt.18 :  )Alors, ici, se pose le problème : que veut dire Matthieu ? Nous devons rester infantiles, fragiles, et même « pauvres » selon une tendance du christianisme ? Non, ce n’est pas là le comportement de l’enfant ! d’abord que l’enfant tout petit soit un être qui a besoin d’aide et de confiance pour se développer, c’est évident donc, comme les enfants, vivons en confiance. Mais, un enfant, malgré les nombreuses théories sur son innocence et sa candeur n’est ni innocent, ni fragile,  ce n’est pas un être « pauvre », « démuni », c’est, bien plutôt un être plein de fougue,  de vie qui s’élance spontanément quand il est en confiance. Ainsi quand Jésus nous invite à devenir comme cet enfant, il ne nous invite pas à devenir petits, pauvres mais à entrer dans l’aventure, à répondre à son appel avec la confiance d’un enfant et avec l’élan d’un enfant.
Dieu qui s’incarne en un enfant, c’est l’image d’un Dieu qui partage l’existence humaine dans ce qu’elle a de douceur et de tendresse mais aussi d’élan pour avancer. Jésus- enfant c’est à la fois l’image de la tendresse  divine et de l’élan pour accomplir  la mission qu’il reçoit. En pleine confiance en son P/père. Et cela c’est aussi la leçon sur la manière dont nous devons accueillir les temps messianiques : le Royaume de Dieu n’est pas à attendre comme venant brutalement à un moment donné, mais comme venant dans un mouvement de croissance, progressivement et comme étant déjà là  et à venir dans la grâce que Dieu nous accorde

Ce petit bébé de Noël arrive, non dans l’agitation de l’auberge mais dans le silence, le calme de l’étable et cela nous enseigne que pour trouver Jésus, nous avons besoin de ce calme de ce silence. Et le Royaume, c’est un amour donné, une surabondance de grâce offerte pour que nous devenions des êtres d’amour, de paix, remplis de la grâce. Cette surabondance de grâce est un élément fondamental qui nous fait vivre (et j’interprète, en ce qui me concerne, l’abondance de décorations aujourd’hui dans ce temple, qui  est assez peu fréquente et peut-être dérangeante pour certains, dans l’austérité d’un  temple réformé comme une volonté de  symboliser cette surabondance de la grâce, réalité théologique fondamentale)

 

Le message de Noël, ce n’est pas un enfant pauvre, faible et dépendant mais un enfant qui, dans la paix, l’amour et la tendresse se prépare à grandir, en confiance et avec tout l’élan de l’enfance :En ce sens pourquoi ne pas voir dans l’enfant-Jésus celui que Dieu dans son incarnation n’abandonne pas un moment, même et surtout lors de sa naissance  Jésus-Dieu incarné qui naît non  dans la pauvreté ou l’oubli,  ce qui est l’interprétation la plus courante et qui vient d’Esaïe et de son « Serviteur Souffrant » : la naissance de Jésus est ainsi réinterprétée  à travers le texte de l’A.T.Mais, bien au contraire, Jésus naît dans le silence et le recueillement d’une étable, entouré par l’amour de Marie et Joseph (qui, ayant compris le dessein de Dieu, devient le protecteur fidèle de ce fils qu’il adopte pour qu’il échappe à la mort). Et Jésus pourra ainsi devenir cet enfant grandissant pour s’élancer pour accomplir pleinement sa mission dans la confiance de son Père et protégé par Joseph : voilà une belle image de Noël !

Amen

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