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29/10/2016

Texte de la prédication du 16 octobre 2016

Prédication de Bernard Massias sur Luc 18/1-8

 

Il est à la mode d’accabler les juges et les magistrats ! Ce n’est pas nouveau..

 

Le récit de Luc est très vraisemblablement marqué par le fonctionnement de la justice dans son temps. Mais cela ne me semble pas avoir une très grande importance pour comprendre ce que Luc veut nous dire.

 

Pour cela il faut remonter en arrière de notre texte : Jésus a annoncé et promis la venue du royaume et du règne attendus. Or ce royaume et ce règne ne s’établissent pas miraculeusement. C’est pourquoi les pharisiens ont demandé quand ils viendraient. Jésus a répondu : mais il est là ! Parmi vous. Visibles dit Luc à travers le ministère de Jésus. Mais ils ne le voient pas. Il y a donc les pharisiens, figures des puissants, des castes.

 

Et puis il y a les disciples.  Jésus, nous dit Luc, leur annonce qu’ils ne verront pas le « jour du Fils de l’homme ». Que faut-il comprendre ? Luc parle aux disciples de son temps, aux premières paroisses de l’Église primitive. Luc s’adresse à des paroisses qui voient disparaître la première génération des apôtres, à une Église qui voit naître des communautés questionnées par leur rapport au temps qui passe car Jésus ne revient pas. Et par la foi dont elles doivent rendre compte dans le monde qui est le leur et qui change.

 

A ces paroisses Luc annonce que Jésus reviendra « comme l’éclair, à son jour », le moment venu. Et là il faudra être prêt.

 

Mais, dans le même temps, et c’est toute l’habileté de Luc, il rappelle un élément décisif de l’Évangile : Avant de « revenir comme l’éclair », Jésus doit souffrir beaucoup : Il y a le vendredi saint. L’habileté de Luc, c’est de nous raconter le chemin de Jésus vers la croix en même temps qu’il dit à l’Église de son temps : « Vous aussi, aujourd’hui » vous attendez la venue du Royaume, mais il est là. Et avant sa venue : il y a le Vendredi Saint ! Celui de Jésus et.. le vôtre !

 

Cela s’adresse exactement de la même manière à notre Église aujourd’hui : Comme le Christ vous cheminez vers la croix et c’est elle qui est le lieu du Jugement. La croix est le premier horizon.

 

Je voulais préciser tout cela avant d’aborder notre parabole sur la nécessité de prier constamment et de ne pas se décourager. C’est l’introduction de Luc.

 

Et il ne faut pas perdre de vue, non plus la conclusion de Luc : Mais le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?

 

En partant de l’introduction on voit bien le problème qui est posé : la prière s’offre à nous comme un refuge, un temps de « retrait du monde » où nous pouvons nous ressourcer, trouver le « pain » de chaque jour pour la nourriture de nos âmes et la force d’affronter un quotidien qui est chaque jour plus rude, plus marqué du sceau de l’injustice, plus violent et menaçant.

 

Et le juge est sourd. Il ne veut rien entendre de cette femme qui lui casse les oreilles. Il finit pourtant par céder. Alors si lui, qui est une lâche canaille, finit par céder à combien plus forte raison Dieu lui-même va-t-il se dépêcher d’exaucer nos prières.

 

Il est gentil Dieu de se dépêcher autant. Il est bien bon..

 

Jésus a tant prié, a été si souvent à l’écart... et voici qu’il  achève sa vie dans un grand cri : « Pourquoi m’as-tu abandonné »,

 

Où es-tu Dieu, à Auschwitz, à Alep, et demain à Mossoul ! Où es-tu ? Le temps de l’épreuve ne serait-il pas assez long ? Job, avec tous les souffrants, n’en finit pas de se colleter avec Dieu.

 

Alors oui, on peut, on peut et on doit s’indigner contre un monde où les puissants se fichent comme d’une guigne des petits, sauf en période électorale. Les « veuves », les « orphelins », les « exclus », les « réfugiés », « les oubliés », « les silencieux » et autres lépreux sont là à s’époumoner... Ce serait une image de Dieu ce juge ?

 

Il me semble qu’il ne peut pas être confondu avec ce juge et je ne crois pas que Luc ait fait cette confusion. Dieu est ailleurs, avec la veuve et avec tous les autres : les « sans-dents » et les « sans-papiers », les « sans domicile fixe » et les « sans-abris », les « sans-familles » et les « sans-travail ». Oui, il est avec eux. Il est « eux » !

 

Et ceux-là ils ne croient plus, et depuis longtemps, dans les juges indifférents ou faussement conciliants. Ils crient ; ils crient leur colère : « Pourquoi ne réponds-tu pas ? » !

 

La veuve demande justice. Et elle se fait l’écho même de Dieu, de son attente et de sa loi : Rappelez-vous la parole du prophète : Voici le culte auquel je prends plaisir dit Dieu : « brise les chaînes injustes, dénoue les liens de tous les jougs, délivre ceux qu’on opprime, mets fin à toute servitude ; partage ton pain avec celui qui a faim, recueille dans ta maison le malheureux sans asile, couvre celui qui a froid et ne détourne pas de ton frère.. Alors la lumière se lèvera comme l’aurore !

 

Elle dit ce qui est juste et ce qu’elle attend de juste. Elle dit contre les juges ce que les prophètes ont proclamé. Elle dit ce que Dieu lui-même a dit. Et c’est parce qu’elle crie que même les juges, les pharisiens, les puissants finiront par lâcher prise !

 

Que nous dit Luc sur la prière : Elle est d’abord écoute. Ecoute patiente d’une parole dite par Dieu. Parole méditée. Parole prise au mot. Parole du cœur à cœur, du corps à corps avec Dieu.  Jacob au corps à corps avec l’ange de Dieu. Moïse soutenu dans son combat par Hour et Aaron. Samuel tenu en éveil.  Jésus priant à Gethsémané. Luc ne nous rien d’autre que Paul lorsque celui-ci écrit à Timothée. Prier c’est d’abord écouter, recevoir, méditer.

 

Et c’est ensuite s’engager et combattre. Et là nous sommes au cœur de la foi. La foi ce n’est pas d’attendre que Dieu fasse ce qu’il a promis. Un jour. La foi c’est aujourd’hui et maintenant de lutter sans relâche pour ce qui est juste, pour ce qui est vrai. La foi c’est de mettre en pratique ce qui est tenu pour vrai. Ce n’est pas de croire en un dogme, une vérité, une parole, une loi. C’est un engagement.

 

Lorsque Jésus meurt sur la croix. Le jugement de tous est prononcé. Le Fils de l’Homme, Jésus, n’a pas trouvé la foi sur la terre et il en meurt. Ses disciples n’ont pas pu veiller avec lui à Gethsémané. Ils se sont dispersés. Pierre s’est esquivé. Tous sont loin. Une génération plus tard, les disciples de l’Église primitive pourraient bien baisser les bras. Comme nous, parfois, aujourd’hui et ici. « Dis quand reviendras-tu …? chantait Barbara.

 

En attendant, seul, Jésus crie ! Il crie comme la veuve contre son juge. Il crie avec elle. Il s’engage jusqu’au bout de sa vie. C’est cela la foi. La vérité de Jésus. Celle qui fait justice. Va-t-on en rester à ce cri ?

 

Or, nous dit Luc, le juge a lâché prise. Enfin. Quelque chose a bougé dans le monde au jour du Vendredi Saint. Des femmes, encore elles se sont emparé du cri de Jésus et l’on continué, au sens ou Sœur Myriam parle de continuer l’Évangile. Ce sont d’abord les femmes du matin de Pâques, suivies enfin par les disciples.. Mais l’Évangile continue : Ici ou là, il y a des signes qui montrent que le cri de la veuve et que le cri du vendredi saint ne sont pas le dernier mot de Dieu sur la vie, sur nos vies et sur le monde.

 

Un juge, au temple, a reconnu que le lépreux n’est plus exclu. Un préfet a  donné des papiers. Un maire a réquisitionné des logements. Un enfant a été soigné et guéri. Un rapprochement familial a consacré des retrouvailles. Un homme a été embauché. Des mains se sont tendues et se sont trouvées. Du pain a été partagé. Des animaux ont été épargnés. Des champs ont été  nettoyés. Des ruisseaux ont retrouvé leur limpidité. Une trêve a suspendu un bombardement. Une langue nouvelle a été enseignée et apprise.

 

Signes d’une prière engagée qui a trouvé son accomplissement. Signes d’une vérité qui a été reconnue. Signes d’une foi qui, comme une fleur, parvient à percer le macadam au bord de la route. Signes d’une foi qui finit par s’imposer contre toute évidence, contre toute logique, contre toute indifférence, contre tout égoïsme.

 

Signes que tout est possible.

 

C’est aussi l’assurance que le cri porté par notre Entraide Protestante de Montélimar-Le Teil sera, ici ou là, un jour entendu.

 

C’est aussi l’assurance que notre engagement a un sens,  parce qu’il est vrai, parce qu’il est enraciné dans cette loi que Dieu nous a confiée et qui est une loi d’amour.

 

Tu protesteras pour Dieu, rappelait le professeur André GOUNELLE, dans une récente conférence sur les fondements du Protestantisme.. Tu protesteras pour Dieu et tu protesteras pour l’Homme. Ou encore : Tu aimeras Dieu.. Tu aimeras ton prochain.. C’est cela la foi. La vérité de l’amour. La foi que le Fils de l’homme s’inquiète de trouver à sa venue.

 

On pourrait encore et encore s’attarder sur ce temps qui n’en finit pas de porter tous les cris des hommes et des femmes qui demandent justice. Dieu n’a pas d’autre puissance que celle de nos bras et de nos forces. En Jésus de Nazareth il nous a transmis un appel : M’aimes-tu ?

 

L’inquiétude de Dieu, portée par cette question de Jésus à Pierre, nous engage dans le combat pour l’amour et pour la vie. Engager sa foi, n’était-ce pas, cela ? Amour vrai et fidélité.

 

M’aimes-tu demande Jésus ? Alors dans le combat de ta prière.. Que dis-tu ? Sois vrai.

 

Amen.

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