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18/09/2016

Texte de la prédication du 18 septembre 2016

Jean 10.11 à 16 / 1 Pierre 2 .4 à 10 et 4. 10-11 / Apocalypse 1. 4 à 6

Montélimar - Pasteur Pierre-André Schaechtelin

Le sacerdoce universel des croyants

 

La marche de protestants pour la liberté de conscience, telle est le thème de l’exposition qui nous entoure ce matin dans ce temple. Je comprends la liberté de conscience dont il est question dans cette exposition, comme une conséquence de la prise de la conscience de la Réforme au sujet de ce qu’on appelle le sacerdoce universel, notion sur laquelle j’aimerais m’arrêter ce matin, en lien donc avec le thème de la liberté de conscience. Deux lectures sous-tendront ma prédication, nous allons les entendre maintenant :

 

Jean 10, 11-16

Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, qui n'est pas berger et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit. Et le loup s'en empare et les disperse. C'est qu'il est mercenaire et qu'il ne se met pas en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger. Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là, il faut aussi que je les amène ; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger. 

 

1 Pierre 2. 4-5, 9-10

Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu, et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, en vue d'offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ .

Vous, par contre, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté, afin d'annoncer les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière ; vous qui, autrefois, n'étiez pas un peuple et qui, maintenant, êtes le peuple de Dieu ; vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde et qui, maintenant avez obtenu miséricorde.

 

Jean 10

Arrêtons-nous d’abord sur l’Evangile selon Jean, au chapitre dix. Après avoir dit « moi je suis le bon berger », Jésus parle des brebis qui sont encore à venir, et il ajoute : « elles entendront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul berger ». Il n’est pas habituel de prendre ce texte à l’appui du sacerdoce universel, mais je le fais car il est question ici du fait que tout ce qui peut séparer, hiérarchiser, désunir les brebis entre elles se trouve anéanti par la mission de Jésus, seul berger, à la tête d’un seul troupeau.

 

C’est bien ça le sacerdoce universel des croyants : tous nous sommes connus de Dieu, tous nous sommes appelés par Dieu à son service, tous nous recevons la grâce d’entendre cet appel et d’y répondre. Personne n’est élevé au dessus des autres, personnes ne peut se réclamer d’un titre pour dominer ses frères et sœurs, tous nous sommes au service de celui qui s’est mis lui même au service de l’humanité pour la réunir en une seule famille de Dieu. Les chrétiens ne forment pas deux corps : un corps laïc et un corps ecclésiastique, mais un seul corps au service de Dieu. Luther parle dans le Traité de la liberté chrétienne de la dignité sacerdotale dont sont revêtus tous les chrétiens, et il nous livre cette image parlante : « Le Christ n’a pas deux corps, l’un laïque et l’autre ecclésiastique : il est une tête et il a un corps ».

 

En même temps, ce corps que nous formons est appelé à marcher vers sa liberté de conscience, car c’est d’une marche qu’il s’agit comme le montre cette exposition. Une marche vers notre liberté à tous, c'est-à-dire vers cette réalité selon laquelle aucune personne ni aucune institution n’a le droit de penser à notre place. Et je trouve important de dire que c’est une marche comme le fait cette exposition, parce que penser librement c’est le travail de toute une vie. Ça ne vient pas d’un jour au lendemain. Car je vais peut-être vous surprendre, mais ce n’est pas parce que nous vivons dans un pays qui nous donne le droit d’exercer notre culte librement et de penser librement, qu’il n’y aurait plus aucun obstacle à ce que nous vivions cette liberté au quotidien. En effet le plus grand adversaire de tous les temps qui s’oppose à l’exercice de notre liberté, c’est nous-mêmes. C’est nous-mêmes qui dressons des obstacles à notre liberté de penser, quand on se soumet si facilement à la pensée des autres plutôt que de réfléchir par nous-mêmes. C’est nous-mêmes qui cherchons si souvent des maîtres ou des dogmes qui nous indiqueraient le chemin à suivre, qui nous donneraient du prêt à penser.  Alors que Jésus dit de nous : « ils entendront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul berger ».

 

Je pense à cet homme de l’Evangile qui une fois guéri par Jésus voudrait se mettre à le suivre de façon servile, comme on suivrait un super gourou. Et là, à notre grande surprise, Jésus qui sent que la demande de cet homme n’est pas une demande qui va vers la liberté, lui dit : au contraire mon ami, va vers les tiens et rends témoignage de ce qui t’est arrivé. Autrement dit, Jésus l’envoie dans le monde pour que cet homme y exerce sa fonction de témoin, Jésus fait de cet homme un homme libre, et un homme au service des autres. Oui l’être humain que nous sommes, qui marche vers sa pleine humanité et plus encore vers son compagnonnage avec Dieu, l’être humain que nous sommes doit sans cesse lutter contre ses résistances intérieures à sa liberté de conscience et au sacerdoce universel auquel il est appelé.

 

1 Pierre 2

Je passe au deuxième texte, celui de Pierre, et plus précisément aux deux usages qu’il fait du terme grec que l’on traduit généralement par le terme sacerdoce, ce qui nous conduit à ceci au v.5 : « Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, construisez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, afin d'offrir des sacrifices spirituels, agréés de Dieu, par Jésus-Christ ». et au v. 9 : « Vous, par contre, vous êtes une lignée choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis, pour que vous annonciez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à son étonnante lumière ». Le livre de l’Apocalypse mettra davantage encore l’accent sur la prêtrise de chacun  pour Dieu en disant : « A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père, à lui gloire et pouvoir pour les siècles des siècles».

Ces textes qui nous conduisent à dire que nous sommes tous prêtres, signifient au moins deux choses que je vais souligner maintenant.

 

1. première chose : Quand on lit ici ou là que le sacerdoce universel établit une complète égalité entre croyants, il me semble que le mot « égalité » est piégé : Certes nous l’avons dit nous sommes tous égaux en ce que nous sommes tous de même nature devant Dieu, mais au sein de cette égalité, n’oublions pas que nous sommes appelés à discerner et à exercer différentes fonctions que Dieu établit pour le bien de son Eglise : l’exercice des différents dons que nous avons reçus fait aussi partie du sacerdoce universel. Alors rendons à Dieu le culte qui lui revient, et faisons un usage créatif de notre liberté sacerdotale.

 

2. deuxième chose : la prêtrise qui nous est commune, le sacerdoce qui nous est commun est le fruit pour tout chrétien de l’appel de Dieu, et fait de nous des sujets responsables devant Dieu et en dialogue avec lui. Nous recevons tous cette liberté nouvelle de nous approcher de Dieu, de répondre à son appel, de parler et d’agir en son nom, de prier et d’offrir notre adoration. N’attendons pas que quelqu’un s’approche de Dieu à notre place, comme si nous étions des chrétiens vivant par procuration. C’est une des prérogatives dont nous bénéficions les uns et les autres, que celle d’offrir notre vie à Dieu pour la mettre à son service.

 

Personne dans l’Eglise ou hors de l’Eglise, n’a le droit de s’approcher d’un autre en lui disant : c’est moi qui fait office de médiateur entre Dieu et toi, pour te dire ce que tu as à faire et comment il te faut servir Dieu. La liberté de conscience du croyant devant Dieu fait de lui une personne adulte et responsable. Il n’y a que Jésus le Christ qui soit établi comme médiateur entre Dieu et les hommes. C’est en cela qu’il existe un lien fort entre la marche vers la liberté de conscience et l’exercice du sacerdoce universel, car le ministère de Jésus certes nous rend libres et responsables, mais aussi il nous convoque chacune et chacun par une Parole dont nous avons tous à rendre témoignage. 

 

Je précise que cela n’atténue pas l’importance de la communauté chrétienne dans la vie du croyant. Le chemin qui conduit chacun(e) à exercer tel ou tel service confié par Dieu n’est pas un chemin solitaire, c’est un chemin solidaire. Nous sommes aidés, encouragés, interrogés par des frères et des sœurs, par une communauté chrétienne. Car c’est bien les uns avec les autres, c’est dans la complémentarité de nos différents appels, c’est dans l’accueil les uns des autres, c’est dans un esprit communautaire que notre sacerdoce, notre prêtrise à tous, est appelé à s’exercer dans une liberté de conscience vers laquelle nous avons à continuer de marcher

 

Amen

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