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27/03/2016

Message du président de la Fédération protestante de France à l'occasion de Pâques 2016

« Selon les récits des Évangiles, celles et ceux qui se sont rendus au tombeau le matin de Pâques étaient désemparés, perplexes ou le plus souvent effrayés.

 

Le message de la Résurrection n’a pas été annoncé aux forts, aux insouciants ou aux confiants, mais à ces témoins fragiles et incertains.

 

Dans ce temps de Pâques, où nous sommes bouleversés et effrayés par les crises et les drames qui se succèdent, nous rendant fragiles au cœur de nos lieux de vie et de liberté, l’Évangile nous annonce encore aujourd’hui que le Christ est vivant !

 

La Fédération protestante de France s’associe aux douleurs, aux difficultés et aux doutes de chaque citoyen. Elle témoigne d’un message qui réconforte et rassure et qui réoriente le regard loin du tombeau où gisait le Christ, pour la vie qu’il nous donne et où il nous accompagne chaque jour.

 

C’est pourquoi, dans ce temps de Pâques, la Fédération protestante de France encourage ses Églises, ses œuvres et ses mouvements à renouveler leurs engagements, notamment ceux pris pour l’accueil digne et confiant des migrants, la justice climatique, le renforcement des relations entre chrétiens et le souci du prochain quel qu’il soit. »

 

Dans ce temps de Pâques, particulièrement dans le cadre des cultes célébrés le dimanche 27 avril 2016, j’ appelle l’ensemble des membres de la FPF et j’ invite tous ceux qui souhaitent s’y associer, à s’unir dans la prière pour faire face à l’épreuve et à annoncer la victoire de la vie en Jésus Christ.

Texte de la prédication du 27 mars 2016

Jean 20. 1 à 10

Pâques 2016 - Montélimar

 

L’Evangile que nous venons de lire nous parle de trois personnages qui nous ressemblent étrangement : Marie-Madeleine, Pierre et puis celui que le texte nomme « l’autre disciple » dont le nom n’est pas prononcé, justement pour que nous puissions d’autant mieux nous identifier à lui.

 

Je dis que ces trois personnages nous ressemblent étrangement car devant l’événement du tombeau vide, ils réagissent comme nous pourrions nous aussi réagir aujourd’hui. Au fond, Marie-Madeleine, Pierre et « l’autre disciple » symbolisent nos propres attitudes devant ce qui nous semble in-croyable.

 

Ils sont en réalité les trois figures que peut prendre le témoignage chrétien. Et ces trois figures sont contemporaines, elles sont figures d’aujourd’hui.

 

Nous les rencontrons dans nos paroisses, dans nos propres familles, dans notre société, et plus encore dans notre propre vie. Alors quelles sont-elles ces trois figures qui nous ressemblent ? En quoi nous ressemblent-elles ?

 

La première figure, représentée par Marie-Madeleine, est celle de la confiance, mais celle de la confiance déçue, qui ne comprend plus ce qui se passe.

 

Elle connaissait Jésus et avait confiance en lui. Or non seulement elle est tragiquement déçue par la mort de son Seigneur, mais en plus le tombeau est vide, et elle ne comprend pas ce qui se passe. Elle suppose qu’on a enlevé le corps. Mais où a-t-on pu le mettre ?

 

Elle ne peut rien faire d’autre que de constater le vide, éprouver le manque. Elle n’annonce que cela aux deux autres disciples à savoir précisément qu’il n’est plus ici !

 

La figure de Marie-Madeleine représente notre foi interrogative, qui cherche à expliquer le mystère de l’absence du corps de Jésus.

 

La deuxième figure est celle de Pierre. Même s’il n’a pas couru aussi vite que « l’autre disciple », ce dernier lui cède le pas et le laisse entrer le premier, et Pierre peut vite se faire une idée.

 

Mais son idée tourne court. Il s’arrête au constat du fait que sont posées là des bandelettes et que du linge est rangé dans la tombe. Il constate l’absence mais il ne dit rien. Pierre est, de fait, pétrifié. Il est figé, fasciné devant l’inattendu. Aucun message intelligible ne sort encore de sa bouche.

 

La figure de Pierre représente notre foi silencieuse, qui sent qu’il se passe quelque chose, mais qui ne comprend pas bien quoi.

 

La troisième figure est celle que représente « l’autre disciple ». Il entre enfin dans la tombe : il voit et il croit.

 

Ce disciple est la figure de la foi et de la vie qui naissent face à l’épreuve de l’absence et du manque. La foi qui croit alors qu’il n’y a, en fait, rien à voir si ce n’est les signes de l’absence, ces signes qui sont à interpréter et à comprendre.

 

Ce que je crois, c’est que ces trois figures de la foi s’entremêlent dans nos propres vies, et selon les circonstances qu’il nous est donné de connaître.

Je crois vraiment que nous sommes tour à tour, devant cette question de la résurrection, parfois comme Marie de Magdala, dans l’incompréhension et sceptiques, parfois comme Pierre, intrigués mais sans voix, et parfois comme cet « autre disciple » prompt à discerner et à croire, même s’il ne sait pas encore très bien que croire.

 

Devant le tombeau vide, c’est-à-dire devant l’absence du corps de Jésus, devant l’absence de preuve, il est normal que nous soyons perturbés et perplexes.

Mais si nous voulons avancer, comprendre, on ne peut pas en rester pas là. Il nous faut oser entrer peu à peu dans un chemin d’interprétation et de discernement. Il nous faut tenter de faire preuve d’intelligence : l’intelligence de la foi.

 

Or c’est exactement ce qui se passe en ce jour même dans mille Eglises de ce monde où des milliers de fidèles célèbrent la Pâques, et en particulier en Belgique qui a connu cette semaine l’horreur du massacre qui frappe aveuglément . Apparemment le Maître est radicalement absent quand frappe le mal et le malheur car plus personne ne le voit, le maître, en aucun lieu de ce désastre.

 

Le Maître semble absent, comme le corps est absent pour Marie-Madeleine qui peine à interpréter le tombeau vide comme un signe. Et il fait encore nuit pour elle, comme dit le récit, en ce matin de Pâques.

 

Pour Pierre, cependant, le tombeau semble bien être un signe possible, non pas seulement un fait brut, car il constate qu’il n’y pas eu de vol ou d’effraction : les bandelettes sont trop bien rangées pour cela. Mais il ne sait pas encore quelle est la clef de ce signe. Et son regard s’arrête encore aux objets. L’interrogation est là, naissante à l’aube de jour.

 

« L’autre disciple », lui, croit même s’il ne comprend pas encore que le signe du tombeau vide, c’est la signature même du Christ vivant.

 

Frères et sœurs, chers amis…

- Vous les Marie-Madeleine pour qui tout cela est une histoire peut-être bien tordue…

- Vous aussi les Pierre pour qui l’événement mérite qu’on s’y arrête, qu’on y réfléchisse ensemble…

- Et puis vous les « autres disciples » pour qui tout cela fait jaillir ou fortifie la foi…

 

Grâce au matin de Pâques, devant la mort et l’absence auxquelles vous êtes confrontés, vos existences en Christ ont comme horizon la vie et non plus la mort, le pardon et non plus le jugement, la joie et non plus la crainte.

 

Car notre vie avec le ressuscité, ce n’est pas d’abord la vie après la mort, ou la vie qui occulte la mort. Notre vie avec le ressuscité, c’est avant tout la vie qui traverse la mort aujourd’hui, la vie qui se fraie un passage dans nos obscurités et qui émerge là où on ne l’attend pas.

 

Il a fallu que Marie-Madeleine, Pierre et l’autre disciple expérimentent et traversent le vide, l’absence, le déchirement, la fragilité, pour qu’ils se mettent en route sur le chemin d’une vie nouvelle.

 

Croire en la résurrection, c’est laisser le vide et l’absence être habités  par une nouvelle présence, par de nouvelles rencontres, par de nouveaux rêves, même si on ne sait pas encore comment ils vont se réaliser.

 

Le récit du tombeau vide nous dit que si au moment où nos sécurités nous abandonnent, nous nous laissons traverser par le vide, si nous osons faire face au tragique de la mort, c’est à ce moment là que devient possible l’émergence de quelque chose de radicalement nouveau. Amen.

Prédication de Pâques le 27 mars 2016

Culte de Pâques au temple.

Prédication de Pierre-André Schaechtelin

Texte : Jean 20. 1 à 10

Lien vers le texte de la prédication