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07/12/2014

Texte de la prédication du 7 décembre 2014

Marc 1 verset : 1 à 8

 

Nous savons que les Évangélistes ont eu comme premier souci d’amener les juifs de la synagogue à découvrir que Jésus était bien le messie qu’ils attendaient. Ils ont été amenés   à présenter les paroles et les actes de la vie de Jésus de manière un peu différente selon leur vécu. Ceci dit, il y a une constante que l’on retrouve dans tous les évangiles c’est la   référence à l’Ancien testament et aux traditions juives auxquelles  Jésus lui-même s’était référé.

 

Matthieu et Luc ont choisi, pour amener leurs lecteurs à Jésus de commencer leur Évangile par la généalogie et le récit de la naissance. Ils ont perçu cette naissance comme miraculeuse tant Jésus les a marqué et leur souci  a été de montrer que tout cela s’enracinait dans l’Ancien testament, autrement dit dans la foi juive. Leur méthode consistait à greffer Jésus dans le cadre de la conscience collective du peuple juif. C’est ainsi que Joseph apparait sur bien des points semblable au Joseph de l’Exode : Dieu communique avec lui par rêve, il sauve l’enfant en l’emmenant en Égypte.  Son père s’appelle Jacob. Le nom de Myriam ( Marie) est celui de la sœur de Moise qui joue un grand rôle pour sauver Mois. Élisabeth dont le nom n'apparait qu'une fois dans la bible est celui de la femme D’Aaron  frère de Moise. Tout se passe comme si la famille de Moise et celle de Joseph avaient servi à façonner celle de Jésus. Il y a des confusions de lieux, de temps, voire des contradictions dans ces récits de naissance entre Matthieu et Luc, Mais comme je vous l’ai dit les Écritures sont étrangères à la logique et n’obéissent pas à la raison. Ne cherchons pas la logique et la cohérence dans ces textes. Nous en enlèverions le sens. La venue de Jésus dans ce monde est un mystère . Il serait vain, voire dangereux de vouloir l’expliquer. Je vous invite à rester au seuil de ce mystère et de ne pas procéder à un forçage de la limite. Si on saute à pied joint sur ce mystère, alors on le rate. On met à sa place une prétendue vérité, on le troque contre une erreur. Tenons-nous devant les textes de la naissance de Jésus comme on se tient sur une falaise pour contempler le monde, pour profiter du panorama. Mais attention, si on veut aller plus loin. Ce serait se perdre. Réjouissons-nous de cette venue de Jésus.

 

Marc a choisi de commencer son évangile directement par Jean Baptiste. Pas de récit de la naissance. il est vrai qu’il écrit en 70 et comme Paul quelques années avant, il n’a pas besoin d’ajouter du merveilleux  pour nous faire aimer jésus. Les souvenirs de jésus sont encore très présents. Marc commence son Évangile en nous présentant Jean Baptiste comme celui annoncé par les prophètes Malachie et Essaie. Jean Baptiste crie dans le désert et invite le peuple à préparer les chemins du seigneur.  Avant le messager, le prophète préparait le chemin du Seigneur. Ici c'est tout le peuple qui doit préparer ce chemin.

 

Jean-Baptiste est chargé de demander aux gens de se convertir (ou se repentir selon les traductions) pour recevoir Dieu à travers Jésus le Christ. C’est à ceux qui l’écoutent de préparer le chemin. Il crie dans le désert. Il est habillé de vêtements de poils de chameaux  et se nourrit de sauterelles et de miel sauvage pour être conforme au désert. Il manifeste ainsi qu’il renonce à toute forme de puissance  «il  vient après moi celui qui est plus puissant que moi » le désert étant le lieu du renoncement et de la dépendance à l’oasis et à l’animal providentiels rencontrés sans que l’on ait pu les chercher. Comme l’oasis vient dans le désert à la rencontre de celui qui marche, Dieu vient en Jésus Christ à notre rencontre. Il suffit de ne pas passer à côté de la rencontre. Par son modeste habit et ses repas frugaux, Jean s’identifie au désert. Il ne veut pas faire obstacle à la rencontre avec Dieu. Jean ne veut pas susciter l’envie à son bénéfice. Ce  n’est pas lui que l’on doit suivre. Il s’efface devant Jésus- Christ.

 

Jean-Baptiste prêche le baptême de repentance pour la rémission des péchés. Sans repentance la rencontre avec le Christ vivant est impossible. Dieu restera mal connu.

 

Nous avons du mal à comprendre cette histoire de péché ou lorsque nous croyons la comprendre, nous imaginons qu’il faut être pur, avoir une vie parfaite, irréprochable,  pour rencontrer Jésus. Cela va à l' encontre de la conviction qu'il nous lave de tous péchés.  Mais tout cela demande une explication. Qu’est-ce que le péché ?

 

Dans l’Église comme en dehors, on a réduit le péché à un acte mauvais, à nos fautes, à nos erreurs, à nos mauvaises pensées, à la domination de nos pulsions ou encore à un manque de droiture. Le péché est du domaine de la morale.  C’est ainsi que l’Église a classé ces actes mauvais selon leur importance : péché véniel, péché mortel, péchés capitaux. Elle a mis en place des techniques comme l’examen de conscience, l’ascèse, le jeune, la confession, la prière, l’érémitisme, les mortifications, dont le but était d’atteindre une vie parfaite, pure et de mériter une place auprès de Dieu.  Je note au passage que les nouvelles techniques de travail sur soi,  de développement personnel du corps comme de l’esprit, tant prônées par notre société, ont le même objectif à savoir transformer notre vie en œuvre d’art avec le salut en moins. C’est une tentative d’auto fabrication, de création par soi même.

 

La réforme a voulu s’émanciper de cette classification des péchés en faisant de celui-ci  une désobéissance aux lois de la bible.   Elle s’est écartée de la notion de péché originel voulue et promue par Saint Augustin pour rappeler que l’homme est une créature de Dieu, à l’image de Dieu et qu’il vit par grâce et non parce qu’il est capable de construire sa propre vie. Elle a par ailleurs élargit la notion de  péché à une responsabilité collective et au corps de l’Église. Celle-ci est invitée à reconnaitre ses fautes et ses erreurs. C’est ce que nous faisons  dans la liturgie. Ceci dit, la notion de péché comme faute morale uniquement revient sans cesse au galop parmi les chrétiens de toutes sensibilités. Peut-être même dans le cœurs de tous les humains.

 

Cette conception qui réduit le péché à l’éthique ( à la faute morale) ne prend en compte ni la force ni la profondeur du péché. En effet dans la bible le péché  est une détérioration de ma relation avec Dieu, d’avec mon prochain et d’avec moi-même. On peut avoir un comportement moral impeccable et être pécheur. C’était le cas des pharisiens du temps de jésus qui appliquent scrupuleusement la loi. En pensant à eux Luther souligne que « les pécheurs honnêtes » ne sont pas moins pécheurs que les malhonnêtes.  Vivre dans le péché ce n’est pas vivre dans la débauche, c’est vivre loin de Dieu. La débauche comme tous les actes mauvais ne sont que la conséquence de l’éloignement de Dieu. Mais vivre loin de Dieu c’est aussi penser Dieu tel qu’il n’est pas, avoir une mauvaise conception de Dieu, une mauvaise idée de ce qu’est Dieu. D’où la nécessité de chercher à connaitre Dieu à travers la prière, la lecture de la bible, la relation au prochain, mais aussi la science et toutes les  choses du monde. C’est pour que nous puissions mieux connaitre Dieu que JB attire notre attention sur Jésus. C’est lorsqu’ils auront reconnu l’éloignement  de Dieu et la mauvaise perception  qu’ils en ont que les contemporains de Jésus pourront préparer le chemin qui leur permettra de recevoir jésus qui révèle  et conduit à Dieu. Jusques là ils croyaient que la loi suffirait. Ce n'est pas le cas. Recevoir Jésus, c’est recevoir Dieu dans sa vérité. Jésus est le messager de Dieu par la parole bien sûr mais plus encore par l' incarnation.  Reconnaitre Jésus c’est entrer en contact avec Dieu. Jésus nous lave de tout péché signifie qu’il nous permet de rencontrer Dieu et nous en donne une meilleure connaissance .

 

Juste une remarque si nous en avons le temps: Le terme de péché n’a pas bonne presse. Un théologien américain, allemand d’origine juive réfugié aux USA sous le troisième Reich, lui préfère le terme d’aliénation. Nous sommes aliénés lorsque nous ne sommes pas ce que nous devrions être et ce que nous aimerions être. Pour y arriver, on peut avoir recours à la loi. C’est ce qui se passe avec la loi de Moise. Les religions d’ailleurs enjoignent à leurs fidèles d’obéir à des commandements. Quant à la philosophie elle énonce elle aussi  des règles de conduites pour atteindre la sagesse.  Il y a bien opposition entre la vie que nous menons et celle qui serait souhaitable.

 

Mais une loi n’est efficace, ne rempli bien sa fonction que lorsqu’elle formule une exigence que nous portons en nous, mais que nous percevons mal et que nous n’arrivons pas à concrétiser.  Cette exigence, il faut la distinguer, la cerner. C’est ce que  demande JB et le baptême signifie bien qu’il y a changement parce que je deviens conscient que ce qui est bon pour moi je ne peux l’atteindre ni  par ma force, ni par ma volonté ni par la loi .  Celle-ci reste inopérante si je ne reconnais pas que ce qu’elle demande est bon pour moi. Je le vivrai  comme une obligation, comme une contrainte. Si je suis convaincu que la loi  est bonne et utile je n’aurai plus besoin d’elle. Le "bon" dont elle sensée être porteuse  s'accomplira automatiquement. Je ne la percevrai pas comme un arbitraire qui m’est imposé. Le baptême de Jean-Baptiste, ne supprime pas la loi mais ce qui était imposé devient une évidence et permet de recevoir Jésus, le Christ qui montrera ce que devient la loi lorsqu’elle et vécue. L’eau est le signe que la place est faite pour recevoir l’esprit. L’eau est le signe que la loi est accepté, elle est fondue dans l’être même, l’esprit de Dieu peu advenir. L’eau en elle même n’a pas d’effet, elle signifie que place est faite à la présence de Dieu. C’est pour cela que Jésus est baptisé mais sans confession car cette place était déjà prête chez lui. L'Esprit descend sur lui au moment même du baptême. 

 

Aujourd’hui qu’il est important de se rappeler que les Évangile ont pour but premier de nous faire rencontrer Jésus pour mieux connaitre Dieu. Tout être humain se fait une idée de Dieu. C’est à partir de cette idée qu’il est rejeté  (les incroyants) ou accepté (les croyants). Le plus souvent d’ailleurs il est ignoré et laissé de côté à moins qu’il ne se passe quelques événements exceptionnels et le plus souvent douloureux.  Quoiqu’il en soit Dieu est toujours cherché dans le surnaturel. Au ciel. Hors du monde. Jésus nous ramène à la réalité. A la vie de tous les jours. Pour connaitre Dieu il n’est pas nécessaire de spéculer. Il suffit de regarder aux paroles et aux actes de Jésus. A travers Jésus, on découvre et on comprends : 

 

  • Que Dieu est amour. A travers jésus,  Dieu pousse à se soucier des autres. A prendre au sérieux leur souffrance. A travailler pour leur délivrance. Comme le fait Jésus.
  • Que Dieu rejette la violence. Jésus n’applique pas la loi du talion en vigueur, il acceptera de mourir plutôt que d’entrer en guerre contre ceux qui lui en veulent. Les premiers chrétiens mourraient en martyr plutôt que de se défendre par la violence, les anathèmes et autres condamnations verbales. Il y a là une vrai question pour le chrétien: sommes nous prêt à donner notre vie plutôt que de prendre celle des autres?  Je suis convaincu que cela changerait la face du monde comme celle des premiers martyrs l'a changé dans les trois premier sicle de notre ère. ( Je na parle pas de l' armée où la question se pose autrement).
  • Que Dieu ne s’attribue aucun pouvoir. Aucune richesse. Jésus restera pauvre refusant de prendre partie, suspendant tout assentiment : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il n’a pas besoin de s’associer à des forces politiques, religieuses ou sociales pour agir et pour que la justice règne L’élan se vie qui est en lui est largement suffisant pour lui dicter ce qu’il doit faire.

 

Bien sûr il est possible de rencontrer Dieu autrement. D’autres religions, d’autres mouvements proposent d’autres démarches. Reconnaissons-les avec respect. Veillons seulement à ce que Dieu reste bien celui qui a ses attributs de justice, de paix et d’amour et osons dire NON lorsque le Dieu de Jésus Christ est trahi y compris par ceux qui se réclament du christianisme. En effet la religion chrétienne n’a pas toujours reconnu le Dieu de Jésus Christ dans ce qu’il est. Noël vient nous rappeler qu’en Jésus se donne un Dieu bien particulier et qu’en nous faisant connaitre ce dieu là Jésus est bien un sauveur qui nous arrache à l’esprit du monde. Un sauveur né dans une étable, d’une jeune femme bien fragile, d’une famille bien modeste, menacé par tous les pouvoirs, politiques, religieux.  Noël est bien la fête d’une lumière qui se lève pour l’humanité tout entière dans la plus grande humilité. 

Prédication du 7 décembre 2014

Prédication de Serge Soulier sur le thème de : Baptiste

Texte : Evangile de Marc chapitre 1 versets : 1 à 8

Lien vers le texte de la prédication