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23/12/2012

Quand Elisabeth rencontre Marie (Prédication du 23/12/2012)

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2 femmes…
2 femmes enceintes…
2 promesses en devenir…
 2 âges de la vie… et aucune des deux n’ est à l’heure !
Elisabeth est en retard… Marie en avance !
Elisabeth est vieille et usée… Marie vierge…est trop jeune, sans la moindre expérience…
Marie est immature pour accueillir un enfant
Elisabeth  est arrivée à un âge trop mûr, trop fatiguée pour accueillir la vie…
Avec le temps… Avec le temps va tout s’en va… tout fout le camp… et les grands désirs, et les grand projets… qu’il faut bien consentir à enterrer…quand l’heure ne vient pas… quand l’heure est passée… c’est pas l’heure… c’est plus l’heure….
2 femmes… 2 grossesses improbables… 2 parturientes dérangeantes… Trop tôt ou trop tard… l’horloge de Dieu est détraquée…
On n’a pas idée de mettre les gens dans des situations pareilles…
2 femmes… la jeune… la vieille… trop jeune… trop vieille… unies , étonnamment unies dans une commune aventure… étonnamment leurs singulières situations les rapprochent… étonnamment elles se ressemblent….et elles nous ressemblent… Oui ! Oui ! Nous nous reconnaissons aisément dans les deux…
Pour nous aussi c’est si souvent  trop tôt ou trop tard… 
Pour nous aussi, comme Elisabeth  bien souvent nous avons l’impression que nous sommes vieux fatigué et usés… que l’heure n’est plus aux grands projets… nous avons remisé les grandes aspirations, les grands désirs de notre jeunesse, les grandes attentes… tout cela est désormais au  grenier des oubliés, tout cela dort désormais dans les profondeurs des sous-sols et de nos caves... dormant désormais du sommeil éternel des espoirs évanouis…
Ce n’est plus l’heure… et inutile de creuser la terre, de remuer la boue, de secouer la poussière… ce serait peine perdu… ce serait  inutilement douloureux….
Ce serait faire du vent avec des rêves qu’on ne rêve plus
Ce n’est plus l’heure… et l’ecclésiaste a bien raison… il y a un temps pour tout… et  il y a longtemps déjà qu’avec Elisabeth nous avons tourné la page, nous sommes passés à autre chose… c’est peut-être çà la sagesse… un consentement au réel… voire à la fatalité… et tant pis si il reste des germes d’amertume dans des sillons durcis… c’est cela la vie aussi ! On fait avec…comme on dit… et aussi souvent  on apprend à faire sans…  Elisabeth nous va comme un gant… et au fond, à cela rien d’étonnant…

Plus étonnant c’est que nous puissions nous reconnaître aussi dans la petite Marie… dans cette jeune fille innocente  pas tout à fait sortie de l’enfance… Mais si une fois un message de Dieu  nous a interpellé… si une fois au moins nous avons été saisi par la force d’une parole de Dieu… au détour de l’évangile… Si une fois nous nous sommes dit : «  cette parole est pour moi »… alors sûr qu’aussi… nous nous sommes senti trop petit, trop jeûne dans la foi… pas encore prêt… pour vivre cela…
-    C’est vrai Seigneur… ton appel à partager… ton appel à pardonner… ton appel à me risquer… Ton appel à suivre le chemin du Christ… çà vient trop tôt… je ne suis pas prêt ! … Faudrait que je sois plus fort…plus constant… plus conséquent et plus  cohérent… je ne suis pas mûr Seigneur… j’ai besoin de temps pour répondre à ton appel… je dois encore apprendre… je dois avant grandir encore… prendre de l’assurance… je me sens pas prêt encore…j’en suis encore au petit lait de la foi… je devrai retourner au catéchisme élémentaire… j’ai l’impression que j’ai une foi infantile… immature certainement… Et si je me sens proche de Marie… parce qu’elle aussi était trop jeûne, trop inexpérimentée… je ne suis pas sûr cependant que je sois suffisamment inconscient pour m’associer à son « oui , je suis la servante du Seigneur… qu’il me soit fait selon la parole… ». Ce ne serait pas raisonnable… vraiment pas … vraiment c’est trop tôt…

Une vieille femme usée… une jeune vierge effarouchée… oui nous sommes les deux… et c’est souvent comme une malédiction pour nous qui du coup conjugons notre vie et notre foi soit au mode nostalgique du temps passé… passé simple… passé composé plus souvent…  en tout castoujours à l’imparfait  …
Oui nous conjuguons nos vies au passé mais nous les conjuguons aussi  au mode improbable du futur toujours conditionnel, du plus que parfait qui fait rêver mais où on ira jamais… Nos vies… notre foi conjuguée au futur du « tu repasseras quand je serai prêt… mais ne te presse pas trop… j’ai besoin de temps »…
Entre imparfait et conditionnel… notre vie et notre foi sont tiraillées dans une tension paralysante où le passé et le futur absorbent tout… si bien que notre présent s’estompe… jusqu’à s’effacer et que l’on oublie que « vivre » et « croire » sont des verbes qui ne se conjuguent jamais qu’au présent… vivre c’est maintenant… croire aussi… leur juste temps c’est le présent…on l’oublie sans doute…

Or Marie et Elisabeth sont enceintes toutes les deux et l’évangile de ce jour nous ouvre une perspective nouvelle et une issue susceptible de nous faire sortir des impasses stériles que sont devenus nos passés et nos futurs quand ils sont aussi envahissants.

L’évangile aujourd’hui fait rencontrer Marie et Elisabeth… la vieille et la jeune, le passé et le futur... dans le présent d’une rencontre…

Et si en nous aussi tout commençait par cette rencontre : mettre face à face, ce qu’il y a d’inaccompli en nous, tout ce qui nous semble encore à approfondir, faire croître, toute notre aspiration à grandir en maturité, en sagesse en cohérence…. Face à tout ce qu’il y a d’usé en nous, nos rêves abandonnés, nos espérances et nos projets désormais remisés dans le passé et la nostalgie… 
Mettre en présence d’un coté, ce que nous avons classé aux rayons des archives de nos « hiers »…de l’autre coté ce que nous repoussons sans cesses « au lendemain »….
Mettons ainsi au-dedans de nous, la vieille femme et la jeune vierge face à face, le trop usé et le trop inexpérimenté face à face… osons regarder ensemble ce que nous avons classé comme étant de l’histoire ancienne et ce que nous repoussons sans cesse dans un improbable futur…

Et bien chers amis… si nous osons cette lucidité-là, si nous osons faire rencontrer ces deux facettes de notre existence… je vous l’assure… la rencontre fera date… il va se passer des choses… quelque chose d’extraordinaire…

Comme Elisabeth qui a senti en elle-même bouger l’enfant qu’elle porte…
Nous ressentons au-dedans de nous que quelque chose bouge et vit… nous sommes nous aussi porteurs de vie, enceints d’une espérance qui est déjà là, vivant au-dedans de nous, impactant notre présent…  quelque chose s’apprête à naître en nous et nous en ressentons ici et maintenant les premiers signes… mais il nous faut la rencontre pour cela, la rencontre avec nous-mêmes, la rencontre avec nos semblables, cousines, frères ou sœurs, anges ou messagers… peu importe, c’est dans la rencontre que la vie en nous s’anime et se révèle,  vient faire irruption dans notre présent…

Parce que la Parole de Dieu n’est pas une parole d’archive du passé ni une parole pour quelques rares élus et héros avancé de la foi… de ces quelques rares témoins de l’avenir… Non la parole de Dieu s’incarne… nous la portons dans notre chair, c’est dans la réalité de notre vie, de notre corps et de ses limites… c’est là nulle par ailleurs que cette parole est mise au monde… c’est dans notre vie qu’elle est en train de naître !
Oui… Noël ce n’est pas bientôt c’est incessamment… imminent !
Voici qu'humblement, Dieu se fait petit enfant,
Dieu vient naître parmi nous,
Dieu cherche à naître en nous .
Il se peut que le grand problème de notre vie
ne soit pas tellement de vivre, mais finalement de naître !

Partout il est dit que nous avons le mal de vivre.
N'aurions-nous pas plutôt le mal de naître ?
C'est à dire de devenir celui que nous sommes véritablement
C'est-à-dire vivre au présent.

Car nous ne sommes pas l'homme que nous paraissons être :
célèbre ou inconnu, riche ou démuni, habile ou maladroit...
Ni vieille et usée… ni trop jeune et inexpérimentée
Tout cela, c'est l'apparence des choses.
Nous sommes un homme, une femme qui cherche à naître.
Si tu saisis en toi comme Elisabeth
cette pulsation merveilleuse qui te porte
à ne pas être aujourd'hui ce que tu étais hier,
tu es en train de naître .

Si tu te sens aujourd'hui comme Marie,
libre de faire confiance à l’appel
qui te déclare capable d'un amour tout neuf
que tu n'espérais pas hier,
tu es en train de naître.
Si tu te fais aujourd'hui, simple et vrai devant Jésus
pour te laisser conduire dans sa Lumière,
tu es en train de naître.
Sois sûr que la plus grande chose de la vie, ce n'est pas de vivre,
c'est de naître constamment.
Puisses-tu garder de ce jour la saveur d'une rencontre!
 Dieu vient remplir tes mains de pauvre.
La nouveauté que tu espères, il peut la faire jaillir en toi.
Puisses-tu garder de ce jour la confiante et humble certitude
Que tu es appelé indéfiniment à être et,
tout autant, appelé à faire naître les autres.

Et voici qu'inlassablement, dans ce temps de l’avent
dans l’imminence de Noël, jour après jour,
Dieu frappe à ta porte et demande à naître en toi !

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